5 ouvrages de référence, 224 publications scientifiques, 24 thèses et 49 mémoires de master… L’Observatoire Hommes-Milieux International (OHMI) Tessékéré est un acteur majeur de la recherche sur la Grande Muraille verte. Son cofondateur, l’anthropologue Gilles Boëtsch retrace l’activité scientifique de ce laboratoire, à travers ses nombreuses publications dans tous les domaines.
La Grande muraille verte est connue pour être un projet de reboisement. Quelle est la place des scientifiques dans cette aventure ?
« Le programme de mise en place de la Grande Muraille verte (GMV) au Sahel nécessite plusieurs conditions pour être réalisé : un soutien politique au programme et les financements qui devraient accompagner ; une forte implication des populations locales ; et une bonne connaissance des socioécosystèmes sahéliens. Le rôle des scientifiques est de combler les nombreux déficits sur ce dernier point mais aussi de former par la recherche la future génération de décideurs politiques qui auront à trancher des sujets importants. La complexité de l’objet à étudier nécessite une forte interdisciplinarité. Étudié depuis deux siècles, l’environnement sahélien dans lequel se positionne la GMV n’est encore que partiellement connu. Selon les périodes, les thématiques de recherche ont évolué. »
L’Observatoire Hommes-Milieux international (OHMI) Tessékéré (CNRS/UCAD) s’est positionné dès 2009 comme un acteur majeur de la recherche sur la GMV. Quelles sont ses thématiques de prédilection ?
« L’effort principale a porté sur l’écologie végétale comme premier facteur de connaissance pour comprendre puis favoriser le processus de reboisement engagé par les agences africaines de la GMV sur le terrain. Je veux parler du choix des espèces dont le nombre varie selon les pays. Les équipes de l’OHMI ont mené en parallèle des études de biodiversité au niveau des ligneux et des herbacés. Aujourd’hui les recherches sur la biodiversité végétale demeure majoritaire dans nos travaux en termes de publications scientifiques, de thèses et de mémoires de master. Outre le Sénégal, l’espace concerné par ces travaux sont le Burkina Faso et le Tchad (comme l’indique la bibliographie ci-dessous).
Le biotope est assez peu étudié par l’OHMI, que ce soit la climatologie, l’hydrologie ou la pédologie. Il s’agit de champs disciplinaires très couverts par d’autres équipes de recherche. Sauf concernant les usages sociaux de l’eau qui restent sous-exploités.
Au-delà du monde végétal, les travaux en zoologie et en écologie animale ont été réduits à la zone sahélienne. Surtout concernant les grands mammifères et les oiseaux, ce qui s’explique par une dégradation de la biodiversité. En revanche, les travaux sur les insectes sont toujours conséquents. En particulier les diptères (moustiques), les hyménoptères (abeilles) voire les coléoptères qui ravagent les cultures. Pour les mammifères, l’OHMI s’intéresse surtout aux rongeurs. »
Que dire des études en lien avec les activités humaines ?
« Les travaux sur la relation entre santé humaine et environnement sahélien sont bien développés, mais l’OHMI a axé ses efforts sur la maladies chroniques non transmissibles (NCNT) induites par les changements de régimes alimentaires, en particulier les pathologies cardiovasculaires, le diabète, le cholestérol ou la maladies dermatologiques. Les recherches sur les maladies transmissibles dans la région sahélienne sont déjà conséquentes (malaria, Rift valley fever, tuberculose, fièvre jaune, méningite, schistosome…).
Les recherches en anthropologie, en sociologie, en économie et en sciences politiques s’intéressent aux changements dans l’organisation des sociétés liés au développement de la GMV. Citons les activités professionnelles, le transport, le rôle des femmes, les nouveaux métiers informels autour des activités commerçantes, mais aussi les changements d’alimentation, l’éducation, la communication… La raréfaction de l’eau implique de nouveaux usages qu’il convient également d’étudier. »